- Le compte de résultat prévisionnel se construit hors taxes, sur 3 ans, du chiffre d'affaires jusqu'au résultat net.
- Les soldes intermédiaires de gestion (marge, valeur ajoutée, EBE, résultat d'exploitation) montrent où l'activité crée de la valeur.
- L'EBE mesure la rentabilité du métier avant intérêts et amortissements : c'est de lui que sortent les remboursements.
- En 2026, l'IS est de 15 % jusqu'à 42 500 euros de bénéfice pour les PME éligibles, puis 25 % au-delà.
- Dans notre exemple de boutique, l'EBE passe de 19 500 euros (10,8 % du CA) en année 1 à 32 250 euros en année 3.
- Le capital remboursé et l'achat de matériel ne sont pas des charges : seuls les intérêts et les amortissements y figurent.
Qu'est-ce qu'un compte de résultat prévisionnel ?
Le compte de résultat prévisionnel est le tableau qui estime, pour chacune des trois premières années, ce que votre entreprise va vendre, ce qu'elle va dépenser pour fonctionner et le bénéfice (ou la perte) qui en résultera. C'est la pièce centrale du prévisionnel financier sur 3 ans que vous remettez à votre banque.
Il répond à une question simple : votre activité est-elle rentable ? Il ne dit pas si vous aurez de l'argent sur votre compte à tel mois : c'est le rôle du plan de trésorerie. Il ne dit pas non plus comment vous financez le démarrage : c'est le rôle du plan de financement. Les trois documents se complètent et doivent rester cohérents entre eux.
Le compte de résultat se raisonne hors taxes : la TVA que vous collectez et celle que vous payez ne sont ni des produits ni des charges, elles transitent par l'entreprise pour le compte de l'État. Il distingue deux familles de lignes :
- les produits : ce que l'entreprise gagne (ventes de marchandises, prestations, éventuelles subventions d'exploitation) ;
- les charges : ce qu'elle consomme pour produire (achats, loyer, salaires, amortissements, intérêts, impôts).
Quelle est la structure d'un compte de résultat prévisionnel, ligne par ligne ?
Un compte de résultat prévisionnel se lit de haut en bas : on part du chiffre d'affaires et on retire les charges dans un ordre précis, ce qui fait apparaître des résultats intermédiaires. Voici les lignes dans l'ordre où le banquier s'attend à les trouver :
- Chiffre d'affaires HT : ventes de marchandises et prestations de services.
- Achats consommés : achats de marchandises ou de matières premières, corrigés de la variation de stock.
- Charges externes : loyer, énergie, assurances, honoraires du comptable, téléphone, publicité, sous-traitance, entretien.
- Impôts et taxes : cotisation foncière des entreprises (CFE) et autres taxes liées à l'activité, hors impôt sur les bénéfices.
- Charges de personnel : salaires bruts et cotisations patronales, y compris la rémunération du dirigeant lorsqu'il est salarié (président de SAS) ou ses cotisations lorsqu'il est gérant majoritaire de SARL.
- Dotations aux amortissements : la part annuelle du coût de vos investissements (un matériel de 40 000 euros amorti sur 5 ans représente 8 000 euros de charge par an).
- Charges financières : les intérêts de vos emprunts (le capital remboursé n'est pas une charge).
- Impôt sur les sociétés : calculé sur le résultat avant impôt.
- Résultat net : le bénéfice ou la perte de l'exercice.
Deux points piègent souvent les créateurs. Le remboursement du capital de l'emprunt n'apparaît pas dans le compte de résultat : seuls les intérêts y figurent. Et l'achat d'un équipement n'est pas une charge de l'année d'achat : il est étalé sous forme d'amortissement sur sa durée d'utilisation.
Que sont les soldes intermédiaires de gestion (SIG) ?
Les soldes intermédiaires de gestion (SIG) sont les résultats successifs qui apparaissent quand on descend le compte de résultat ligne par ligne. Ils montrent à quel étage votre activité crée ou perd de la valeur. Les principaux :
- Marge commerciale = ventes de marchandises - coût d'achat des marchandises vendues. Elle mesure ce que vous gagnez sur la revente, avant tous les frais.
- Valeur ajoutée = marge (commerciale et sur production) - charges externes. C'est la richesse créée par l'entreprise elle-même.
- Excédent brut d'exploitation (EBE) = valeur ajoutée - impôts et taxes - charges de personnel (+ subventions d'exploitation).
- Résultat d'exploitation = EBE - dotations aux amortissements (et provisions).
- Résultat courant avant impôt = résultat d'exploitation - charges financières.
- Résultat net = résultat courant (+ ou - éléments exceptionnels) - impôt sur les sociétés.
Pourquoi l'EBE est-il si important ?
L'EBE est la richesse que votre activité dégage avant les choix de financement (intérêts) et d'investissement (amortissements) : c'est l'indicateur de rentabilité « pure » du métier. Un EBE négatif signifie que l'activité ne couvre même pas ses frais courants, quel que soit le mode de financement. Le banquier compare souvent l'EBE au chiffre d'affaires (taux d'EBE) et aux remboursements d'emprunt à venir : c'est de l'EBE que sortira l'argent pour rembourser.
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Lancer le simulateurCompte de résultat prévisionnel : exemple sur 3 ans
Voici un exemple de compte de résultat prévisionnel pour une boutique de décoration créée en société à l'impôt sur les sociétés. Hypothèses : investissements de 40 000 euros amortis sur 5 ans, emprunt de 50 000 euros à 4 % sur 7 ans, achats de marchandises égaux à 45 % des ventes, rémunération du dirigeant et d'un vendeur à temps partiel incluses dans les charges de personnel.
| Ligne | Année 1 | Année 2 | Année 3 |
|---|---|---|---|
| Chiffre d'affaires | 180 000 | 210 000 | 235 000 |
| Achats de marchandises consommés | 81 000 | 94 500 | 105 750 |
| Marge commerciale | 99 000 | 115 500 | 129 250 |
| Charges externes | 36 000 | 37 500 | 39 000 |
| Valeur ajoutée | 63 000 | 78 000 | 90 250 |
| Impôts et taxes | 1 500 | 1 800 | 2 000 |
| Charges de personnel | 42 000 | 50 000 | 56 000 |
| Excédent brut d'exploitation (EBE) | 19 500 | 26 200 | 32 250 |
| Dotations aux amortissements | 8 000 | 8 000 | 8 000 |
| Résultat d'exploitation | 11 500 | 18 200 | 24 250 |
| Charges financières (intérêts) | 1 885 | 1 628 | 1 360 |
| Résultat courant avant impôt | 9 615 | 16 572 | 22 890 |
| Impôt sur les sociétés (15 %) | 1 442 | 2 486 | 3 434 |
| Résultat net | 8 173 | 14 086 | 19 456 |
Lecture : la boutique dégage un EBE de 10,8 % du chiffre d'affaires en année 1, qui progresse à 13,7 % en année 3 parce que les charges fixes augmentent moins vite que les ventes. Le résultat net reste positif dès la première année. Les intérêts baissent chaque année car le capital restant dû diminue. Pour voir ce même raisonnement appliqué à votre activité, le business plan d'un commerce de détail détaille les hypothèses propres à ce métier.
Comment calculer l'impôt sur les sociétés dans le prévisionnel ?
En 2026, l'impôt sur les sociétés (IS) se calcule au taux réduit de 15 % jusqu'à 42 500 euros de bénéfice pour les PME éligibles, puis au taux normal de 25 % au-delà. Le taux réduit est réservé aux sociétés dont le chiffre d'affaires HT ne dépasse pas 10 millions d'euros et dont le capital est entièrement libéré et détenu à au moins 75 % par des personnes physiques (directement ou via des sociétés qui remplissent elles-mêmes cette condition).
Exemple : pour un résultat avant impôt de 60 000 euros, l'IS s'élève à 42 500 x 15 % + 17 500 x 25 % = 6 375 + 4 375 = 10 750 euros. Dans notre boutique, le résultat reste sous 42 500 euros : tout est imposé à 15 %.
Trois précisions utiles :
- si le résultat est négatif, il n'y a pas d'IS et la perte est reportable sur les bénéfices des années suivantes ;
- en entreprise individuelle ou en micro-entreprise à l'impôt sur le revenu, il n'y a pas de ligne IS : le bénéfice est imposé au nom de l'entrepreneur, et ce n'est pas la même logique de calcul ;
- le prévisionnel donne un ordre de grandeur ; pour un choix de régime fiscal, faites-vous confirmer les règles par votre expert-comptable.
Ce que la banque regarde dans votre compte de résultat prévisionnel
Le banquier lit d'abord le compte de résultat pour vérifier que l'activité dégage assez de ressources pour rembourser le prêt et faire vivre le dirigeant. Concrètement, il examine :
- Le réalisme du chiffre d'affaires : est-il justifié par une étude de marché, des devis, une capacité d'accueil, des prix comparables ? Une hausse de 40 % par an sans explication inquiète.
- La marge : votre taux de marge est-il cohérent avec les pratiques de votre secteur ?
- La rémunération du dirigeant : est-elle prévue et suffisante pour vivre ? Un prévisionnel rentable parce que le dirigeant ne se paie pas pendant trois ans n'est pas crédible.
- L'EBE et la capacité d'autofinancement : couvrent-ils les remboursements d'emprunt avec une marge de sécurité ? C'est l'objet de notre guide sur la capacité d'autofinancement et la capacité de remboursement.
- Le point mort : à partir de quel chiffre d'affaires couvrez-vous vos charges ? Le seuil de rentabilité se calcule directement à partir des lignes du compte de résultat.
- La cohérence d'ensemble : les amortissements correspondent-ils aux investissements du plan de financement, les intérêts au tableau d'emprunt, les salaires au plan d'embauche ?
Pour une vue complète de ce que lit le conseiller, consultez notre guide sur le business plan pour un prêt bancaire.
Les erreurs fréquentes dans un compte de résultat prévisionnel
La plupart des comptes de résultat prévisionnels refusés pèchent par optimisme sur les ventes et par oubli de charges. Les erreurs les plus courantes :
- mettre le remboursement du capital de l'emprunt en charge, ou à l'inverse oublier les intérêts ;
- passer l'achat du matériel en charge au lieu de l'amortir ;
- oublier des charges récurrentes : CFE, assurance, expert-comptable, frais bancaires, logiciel de caisse, entretien du véhicule ;
- raisonner en TTC au lieu de HT ;
- prévoir un chiffre d'affaires plein dès le premier mois alors qu'une montée en charge de plusieurs mois est la règle dans la plupart des métiers.
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Commencer gratuitementQuestions fréquentes
Comment faire un compte de résultat prévisionnel ?
Estimez d'abord votre chiffre d'affaires HT année par année, puis listez toutes vos charges : achats, charges externes, taxes, salaires, amortissements de vos investissements et intérêts d'emprunt. Soustrayez-les dans cet ordre pour obtenir la marge, la valeur ajoutée, l'EBE, le résultat d'exploitation, puis le résultat net après impôt.
Quelle est la différence entre EBE et résultat net ?
L'EBE mesure ce que l'activité dégage avant amortissements, intérêts et impôt : c'est la performance du métier. Le résultat net est ce qui reste après toutes les charges, y compris le coût des investissements, des emprunts et l'impôt sur les sociétés. Un EBE positif avec un résultat net négatif signale souvent un projet très investi ou très endetté.
Le remboursement d'emprunt est-il une charge ?
Non. Seuls les intérêts de l'emprunt sont des charges et figurent dans le compte de résultat. Le capital remboursé apparaît dans le plan de financement et le plan de trésorerie. Il est remboursé grâce à la capacité d'autofinancement.
Quel taux d'IS appliquer dans un prévisionnel en 2026 ?
Pour une PME éligible (chiffre d'affaires HT inférieur à 10 millions d'euros, capital entièrement libéré et détenu à 75 % au moins par des personnes physiques), appliquez 15 % jusqu'à 42 500 euros de bénéfice et 25 % au-delà. Si l'entreprise n'est pas éligible au taux réduit, tout le bénéfice est imposé à 25 %.
Un compte de résultat prévisionnel peut-il être en perte la première année ?
Oui, c'est fréquent quand l'activité monte en charge ou que les investissements sont lourds. Le banquier accepte une première année en perte si elle est expliquée, si la trésorerie de départ la couvre et si le retour au bénéfice est crédible dès l'année 2 ou 3.